18 juillet 2010

Vers le sommet du Kilimandjaro

Chapitre 10 – Steve Young

(info sur Steve Young)

L’esprit de surpassement

Thomas Kieller

Steve Young : Une course avec la ballon.

Quart-arrière athlétique, Steve a soulevé à maintes reprises les supporters des 49ers de San Francisco par son jeu de passe excitant et ses courses renversantes. Son nombre de verges accumulées au sol est d’ailleurs impressionnant avec 4 239 verges, et à cette statistique, il faut ajouter ses 43 touchés par la course en carrière ce qui le place au sommet à ce chapitre pour sa position. Avec sa vision, sa compréhension du jeu et ses habilités de distributeur de ballon, il a cumulé 33 124 verges par les airs au fil des saisons. En combinant avec succès la passe et la course, il fut tout simplement un quart-arrière électrifiant. Les prestations qu’il a réalisées en tant que titulaire l’ont conduit à être nommé le joueur le plus utile de la National Football League (NFL) en 1992 et 1994 ainsi que pour le Super Bowl XXIX. Ses coéquipiers n’oublieront certainement pas cet athlète originaire de Salt Lake City qui était toujours intense durant les matchs et aussi lors des pratiques. Il ne faisait rien à moitié même lorsqu’il était un joueur substitut. C’était probablement dû à sa détermination et à son désir de performer. Quoiqu’il en soit, le no 8 était un joueur d’équipe et il a bien compris le rôle de chacun afin que la formation aux couleurs rouge et or soit dominante. L’attente, ses contres-coups et tout son cheminement ont fait en sorte qu’il a grandement apprécié la victoire des Niners au Super Bowl de 1995 au Joe Robbie Stadium à Miami où il a été magistral en réalisant un record de six touchés par la passe. Sa façon de jouer a suscité l’intérêt et nul ne savait de quelle façon il allait faire avancer le ballon, mais tous savaient que l’Américain allait tout donner sur le terrain. Un style de jeu peu fréquent dans la NFL!

L’entrevue téléphonique a été réalisée le 11 juin 2010 à 14h10 lorsque Steve était en Californie, États-Unis. Elle a été faite en anglais.

Chemin parsemé d’obstacles

Thomas Kieller : Steve, tu appris ton travail de quart-arrière à la dure. Tu as commencé ta carrière avec l’Express de Los Angeles de la défunte United States Football League où tu as joué deux ans. L.A. ne faisait pas très bien. Après cet épisode, tu as été repêché par les Buccaneers de Tampa Bay et tu as aussi joué deux ans et, encore, c’était difficile là-bas. Qu’est-ce que tu as appris lors de ces deux expériences à titre de joueur de football et au niveau personnel?

Steve Young : Premièrement, j’ai eu énormément de succès lorsque j’étais à l’école secondaire et au collège. Puis, soudainement lorsque j’ai commencé ma carrière professionnelle avec les deux équipes que tu as mentionnées, j’ai perdu bien plus que par le passé. On le sait, personne n’aime perdre et, bien entendu, ce n’est pas l’objectif au football. Toutefois, dans toute compétition, il doit y avoir des perdants. Les gens peuvent en parler de bien des façons, mais il en reste qu’il est possible de trouver du positif lorsque nous perdons. Je l’ai appris! J’ai compris qu’il faut toujours travailler, ne jamais rien concéder sur le terrain et qu’il faut écouter les critiques positives afin d’éviter de perdre à nouveau. Tu peux apprendre autant ou même plus d’une défaite que d’une victoire. J’ai été forcé à vivre avec cette situation et cela m’a rendu meilleur. Ceci m’a permis de mieux comprendre les notions de respect et d’honneur quand les choses sont mieux allées plus tard dans ma carrière.

Thomas : Donc, c’est quatre années à L.A. et à Tampa Bay ont été fort utiles?

Steve (dit sur un ton joyeux) : C’était horrible mais utile.

Thomas (rit en entendant la dernière réponse de Steve) : Après Tampa Bay, tu as été échangé aux 49ers de San Francisco. Joe Montana était le quart-arrière partant et nous savons qu’il faisait vraiment bien. Comparativement à Los Angeles et à Tampa Bay, la situation à San Francisco était complètement différente. Tu étais un réserviste. Comment as-tu géré le temps limité que tu avais sur le terrain?

Steve : Je me suis vraiment concentré sur ma préparation même si je savais que je n’allais probablement pas jouer. Je pense que cette attitude était frustrante pour les personnes qui m’entouraient. En effet, je travaillais et je poussais continuellement, mais je ne savais pas comment faire autrement. Je n’étais pas le style de joueur qui aimait regarder. Donc, le temps limité que j’ai joué a toujours été positif. Je ne me rappelle pas d’une situation où j’ai remplacé Steve, en raison d’une blessure ou autre, et que je n’ai pas bien performé. La raison première de cela est que je m’étais très préparé depuis fort longtemps.

Thomas : Tu étais un type de joueur qui poussait beaucoup?

Steve : On peut appeler cela de plusieurs manières, mais c’est vrai qu’on peut le dire de cette façon, j’étais déterminé et je savais où que je m’en allais sur le terrain.

Coureur et passeur

Thomas : Au poste de quart-arrière, tu faisais aussi des courses renversantes. On peut se rappeler de plusieurs exemples dont la « great escape » contre les Vikings du Minnesota qui a donné de bonnes sensations aux spectateurs. Qu’est-ce qui a fait en sorte que tu étais efficace par la course?

Steve : J’ai évolué, à mes débuts, dans des équipes qui favorisaient la formation en triple option qui a la forme d’un bréchet et ceci donne des possibilités de courir au quart-arrière. Donc, quand j’étais plus jeune, je courais beaucoup avec le ballon et ceci est un élément qui a largement influencé mon style de jeu. De plus, je suis tout simplement rapide à la course et ceci fait une grande différence au bout du compte. Quand j’ai appris à lancé efficacement le ballon c’est devenu vraiment dangereux pour la défense.

Thomas : Est-ce que tu t’entraînais spécifiquement pour gagner de la vitesse et de l’agilité?

Steve : Je n’ai pas fait d’exercices exclusivement pour la course. Sincèrement, je pense que c’était plus des habilités naturelles. Je suis né rapide.

Thomas : Les ailiers défensifs, les plaqueurs défensifs et les secondeurs sont tous des gars qui veulent te voir au sol comme n’importe quel quart-arrière. C’est leur boulot. Est-ce que c’est difficile d’être un quart-arrière qui court et qui se mesure continuellement à de solides joueurs de la NFL? Après une course, il se peut que tu doives passer le ballon…

Steve : Oui, c’est une transition qu’il faut apprendre à faire et c’est pourquoi on ne voit pas cela souvent dans la NFL. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui adoptent un style de jeu similaire au mien. C’est une transition difficile à faire jeu après jeu, mais je pense que c’était naturel pour moi. Je ne me sentais pas mal à l’aise de le faire; de courir avec le ballon et de le passer au jeu suivant. Tout ce qui faisait avancer le ballon de l’avant me convenait.

Thomas : Avec tes qualités physiques, est-ce que tu as ressenti le besoin de courir avec le ballon?

Steve : À vrai dire, tu dois être discipliné. Le travail du quart-arrière dans la NFL est de passer le ballon. Ceci est son travail; ce n’est pas de courir avec le ballon. Donc, il est nécessaire d’avoir la discipline de seulement courir quand tu n’as pas d’autres possibilités. C’est l’art du métier. Si tu ne fais que courir dans la NFL comme quart-arrière, tu n’auras pas de succès. Il faut impérativement être capable de bien lancer le ballon.

Thomas : Au début de ta carrière, tu étais plus un quart-arrière qui courait… Comment as-tu fait pour évoluer à ce poste et qu’est-ce qui t’a permis d’être un meilleur quart-arrière? Tu as été bien entouré à San Francisco avec l’entraîneur George Seifert et le coordonnateur offensif Mike Shanahan. Est-ce qu’ils t’ont fait changer ton style de jeu?

Steve : Non. Premièrement, ce qu’ils veulent c’est un quart-arrière qui fait avancer le ballon. Si je remonte plus tôt dans ma carrière, je n’étais pas si efficace par la passe. Je déplaçais le ballon comme je le pouvais, mais je savais et ils savaient qu’à long terme, la course n’allait pas fonctionner. Toutefois, toujours quand j’étais plus jeune, la course m’a donné l’opportunité d’apprendre le métier qui est de passer le ballon. C’était pour moi une excellente option lorsque j’apprenais l’art de passer. Il y a certains quarts-arrières qui n’apprennent pas assez rapidement à passer efficacement le ballon et ils ne jouent pas. Je suis bien heureux d’avoir eu l’habilité de bien courir avec le ballon car cela m’a franchement aidé durant ma carrière…

Thomas : Combien d’années cela t’a pris pour devenir un quart-arrière qui réussit efficacement ses passes en mouvement?

Steve : Cela dépend d’où tu es rendu dans ton cheminement, mais je te dirais que cela prend plusieurs années afin de bien maîtriser la position de quart-arrière dans la NFL. Même si tu as eu du succès lorsque tu étais jeune comme Matt Ryan ou d’autres joueurs, tu ne sais jamais… cela peut prendre quatre ou cinq saisons.

Thomas : Mais qu’est-ce qui t’a donné le déclic de n’être plus seulement un quart-arrière qui court? Est-ce que tu as eu des conseils de quelqu’un?

Steve : Non Thomas, je savais depuis le début que je ne pourrais pas avoir du succès à long terme si je ne faisais que courir sur le terrain. Ce n’est pas le travail du quart-arrière; tu dois apprendre à lancer le ballon. À tous les moments que je courrais, je savais et je pensais que j’étais bien mieux d’apprendre à lancer le ballon car cela n’allait pas durer.

Succès au Super Bowl

Thomas : Nous avons discuté de tes débuts professionnels et de ton évolution au fil des années à titre de quart-arrière. D’une certaine façon, cela t’a conduit à la saison 1994-95 où les 49ers ont gagné le Super Bowl. Vous, toi et tes coéquipiers, avez écrasé les Chargers de San Diego par le pointage de 49-26. Ce jour-là, tu as établi un record avec une performance de six touchés par la passe. À ce moment-là, qu’est-ce que cette réalisation représentée pour toi et est-ce que c’est ton plus grand fait d’armes?

Steve : On peut dire que oui. Je pense qu’aux yeux du monde, c’est ma plus grande réalisation. C’était vraiment important car pour les 49ers de cette époque, il n’y avait pas de succès sans une victoire au Super Bowl. Qu’importe tes accomplissements, qu’importe comment l’équipe a fait en séries éliminatoires et qu’importe tes statistiques personnelles, le standard était de gagner le Super Bowl. Donc, je dois dire que j’ai vraiment apprécié cette victoire et peut être bien plus que d’autres à cause du fait que je suivais les pas de Joe Montana et en raison des grandes attentes qu’il y avait à San Francisco. C’est quelque chose qui a été merveilleux pour moi.

Esprit de surpassement

Thomas : L’année suivante, Durant un match d’exhibition (13 août 1995), tu as fait une course de huit verges sans ton casque! Steve, c’était un match pré-saison contre les Chargers de San Diego! Est-ce que tu dois tout donner à chaque jeu? Est-ce que tu as cela dans le sang?

Steve (rit) : Je dois dire que oui. Je pense que c’est dans ma nature et, d’une certaine façon, mon instinct me dicte le pas et ma façon de jouer. Il y a aussi probablement une peur de l’échec et comme tu le sais ceci est un aspect qui pousse bien des gens. Une chose est sûre je veux donner le meilleur de moi-même lorsque je joue. Je n’ai jamais rien pris pour acquis et je n’ai jamais gaspillé un moment sur le terrain comme cet exemple l’illustre lors d’un match pré-saison. Quand je jouais, je savais que je devais m’accomplir et je n’ai pas perdu de temps.

Thomas : Pour satisfaire tout simplement ma curiosité, pourrais-tu me dire comment ont réagi tes coéquipiers et tes entraîneurs lorsqu’ils ont vu ce jeu?

Steve (rit) : Ils ont dit de ne plus jamais recommencer cela!

Thomas : D’où te vient cette mentalité de guerrier?

Steve : Je pense que je suis né ainsi. Mon père est aussi un dur et un solide gars. Bien entendu, il y a des événements dans ma vie qui sont venus accentuer ce trait de personnalité, mais au bout du compte je crois que cela venait de ce que je suis.

Thomas : Ton père était un joueur costaud... et un solide gars?

Steve : Oui, un dur joueur et un dur gars. Il a joué au football au collège.

Thomas : J’ai lu quelque part que tu appréciais le style de jeu de l’ex-quart-arrière de Dallas Roger Staubach. Qu’est-ce que tu appréciais en lui?

Steve : C’était vraiment un gars travaillant, qui jouait avec son cœur, il courait parfois avec le ballon, il respecter les personnes autour de lui, il était un gagnant et il a joué pour de grandes équipes. Donc, à plusieurs niveaux, j’ai essayé de suivre son cheminement.

Thomas : Comme lui, tu as fait d’incroyables revirements durant ta carrière comme celui à l’égard des Packers de Green Bay lors d’un match des séries éliminatoires (3 janvier 1999). Tu as fait une passe de 25 verges à Terrell Owens ce qui a conduit à un touché et à la victoire de ton équipe par le pointage de 30-27. Tout le monde a fait son travail et vous avez empêché Green Bay et le quart-arrière Brett Favre de se rendre à leur troisième finale d’affilée. De se mesurer aux meilleurs, est-ce que cela en vaut vraiment la peine considérant tous les efforts fournis et tous les sacrifices que tu as dû faire pour y arriver?

Steve (sur un ton décisif) : Oui! Je pense que c’est pourquoi j’ai apprécié le fait de remplacer Joe Montana. J’ai réalisé rapidement que j’étais chanceux de le remplacer parce que je pouvais savoir jusqu’où je pouvais exceller. J’aurais pu jouer à bien d’autres endroits sans parvenir à mon plein potentiel. À titre d’athlète, je crois sincèrement que le grand bénéfice qui ressort de la compétition est de te réaliser pleinement. Le but n’est pas de savoir combien de personnes tu peux battre, mais plutôt comment tu y arrives! Quelle sorte d’artiste tu peux être en tant qu’athlète? Pour cela, j’en suis bien content.

Thomas (ajoute aussitôt) : Et le football a pu t’aider à ce niveau. Dans ce sport, il y a de la force brute, beaucoup de stratégies… Qu’est-ce que le football pour toi?

Steve : C’est un laboratoire où il y a toute une dynamique humaine. Il y a beaucoup d’interactions entre 50 gars. Tout le monde doit être sur la même page. Chaque personne a un rôle différent et ce n’est pas tous les joueurs qui touchent le ballon. Il y a vraiment une dynamique particulière dans ce jeu. Pour être vraiment bon dans ce sport, tu ne peux y arriver tout seul. Je crois que le football est la meilleure métaphore sportive de la vie. On peut faire beaucoup de métaphores en relation avec le sport, mais il doit y en avoir un grand nombre qui provienne du football comparativement aux autres sports…

Derniers mots

Thomas : Oui, le football est un sport d’équipe... Toutefois, je dois dire qu’au fil de ta carrière de 15 saisons dans la NFL, tu as eu ton lot de bons moments. Tu as fini avec d’excellentes statistiques, trois Super Bowls, ton numéro a été retiré, tu as été nommé une fois le joueur le plus utile du Super Bowl et deux fois le joueur le plus utile de la NFL. Il y a eu bien d’autres titres que tu as obtenus que je ne nommerais pas car la liste est longue! En faisant un retour sur ta carrière, de quoi te souviens-tu?

Steve : Je me souviens des défis. Bien entendu, je me souviens des événements que tu as mentionnés, des titres que j’ai gagnés et de mes réalisations. Personne ne commence de cette façon. Malgré tout, j’essaie d’être un gars humble. Je me souviens de mes racines et je m’identifie à cela. Aucune de mes réalisations ne sont arrivées facilement. Et aucune d’entre elles n’ont été accomplies seule. Les meilleurs souvenirs que j’ai proviennent des gens qui m’ont entouré et qui ont été mes meilleurs amis dans l’équipe. Les gars comme Brent Jones qui m’ont supporté et les joueurs avec qui j’ai joué sont les souvenirs qui sont dans ma mémoire.

Thomas (dit en souriant) : Est-ce que la pelouse du Candlestick Park et l’atmosphère de ce stade te manquent?

Steve (rit) : Oui beaucoup. Tu ne peux pas remplacer cela dans ta vie. Bien sûr, tu n’as pas besoin de cela pour avoir du succès ou pour être heureux, mais disons que c’était bien captivant. Je trouve que la vie peut être même meilleure autrement, mais c’est différent. Ce n’est pas comme être sur le terrain lorsque c’est le troisième essai et qu’il y a dix verges à faire lors d’un quatrième quart. Ce temps-là est révolu pour moi…

Thomas : Et maintenant, tu fais quelque chose de bien différent. Est-ce que tu apprécies toujours un bon match de football avec toute son intensité?

Steve (répond avec enthousiasme) : Oh oui, j’adore regarder un match. Toutefois, je cours aussi un peu partout après mes enfants. Donc, c’est difficile d’en regarder souvent, mais lorsque je le fais j’apprécie cela beaucoup.

Thomas : Bien... Merci Steve d’avoir partagé tes expériences!

Steve : Merci et porte-toi bien!