7 janvier 2011

Vers le sommet du Kilimandjaro

Chapitre 3 – Sur la route tanzanienne

Thomas Kieller

Photos – Copyright United Athletes Magazine

Arrivé en Tanzanie, ma priorité n'était pas de grimper immédiatement le Kilimandjaro. Je voulais avant tout découvrir la culture locale. On peut facilement se perdre dans la diversité culturelle du pays où l'on trouve plus de 120 groupes ethniques dont plusieurs ont conservé leur langue. Par contre, les deux langues officielles sont le kiswahili et l'anglais qui sont largement parlées en zones urbaines. Quant aux religions les plus présentes sur le continent, le christianisme prime quoique l'islam et l'animisme sont aussi fortement pratiqués. Sur l'île de Zanzibar, la population est presque totalement musulmane. Malgré les nombreuses différences, l'ensemble de la population du pays se sent à priori Tanzanien. Voilà l'unité du pays qui a obtenu son indépendance du Royaume-Uni le 26 avril 1964. Un état tout jeune!

Or, l'une des villes les plus intéressantes pour vivre cette diversité est Arusha dans le nord du pays tout près du mont Méru, du parc national Tarangire, du lac Manyara, du magnifique cratère du Ngorongoro, des gorges d'Olduvai, de la plaine du Serengeti et bien entendu du mont Kilimandjaro. Comme vous pouvez le comprendre, des endroits à visiter il n'en manque pas!

En marchant sur les routes de sable de cette municipalité de plus d'un million d'habitants, on peut observer toute l'animation des Tanzaniens. Le marché central des victuailles est un endroit où la concentration des différentes tribus est grande. Rapidement, on peut faire le tour du centre-ville avec ses petites entreprises locales et ses restaurants aux saveurs typiquement tanzaniennes. Depuis 1994, Arusha est aussi un point de diplomatie puisque elle est l'hôte du Tribunal pénal international pour le Rwanda mis en place par le Conseil de sécurité des Nations unies. Là, on y juge les personnes responsables d'actes de génocide et d'autres violations graves du droit international humanitaire commis au Rwanda. Bref, cette ville dans sa complexité et sa totalité est tout un mélange intéressant.

J’ai pris aussi le temps de faire un premier safari dans le parc national d'Arusha afin de voir la faune et les paysages tanzaniens. Bien reposé par l'activité, j'étais près pour me lancer dans ma longue marche de 60 km en deux jours.

Sur la route de Sanya Juu.

Accompagné de deux guides de la East African Voyage1, nous sommes partis du centre-ville d’Arusha vers l'est du pays. Sous la direction de Sylvester Henry Geay de la tribu Iraqw et du jeune guerrier massaï Saning’o Kimani, nous avons emprunté la route fréquentée d’Arusha-Moshi d'où l'on pouvait voir en arrière-plan le mont Méru. Tout en marchant les 35 km de cette première journée, nous avons observé le va-et-vient des travailleurs dans les plantations de bananiers, de riz et de café. Nous avons aussi croisé un briqueteur s'affairant ardemment à sa tâche. Nous avons rencontré sur notre chemin des familles bien endimanchées qui prenaient la direction de l'église afin d'assister à la célébration hebdomadaire.

Une église sur le bord de la route d'Arusha-Moshi.

Passant le village d’Usa River, nous avons continué notre route. Un après l’autre, nous avons échangé des anecdotes sur les cultures tanzaniennes et nord-américaines. Disons que le décor exotique favorisait un tel échange.

La deuxième journée fut bien différente tant par son paysage que par sa difficulté. Nous ressentions les effets des 35 km parcourue la veille. Nous marchions maintenant sur la route de sable de Sanya Juu qui est légèrement en pente ascendante et ce sous un soleil tapant à 33 degrés Celsius.

Sur cette route, il y avait peu de circulation. Par contre, lorsqu'un des rares camions nous passait, il soulevait un vaste nuage de sable qui se rabattait sur nous. C'était notre façon de découvrir le territoire tanzanien et de ressentir ce que le pays à offrir. Ha ha ha!

Après des heures de marche sur la terre rouge-orange, nous avons atteint le village très aride d’Engare Nairobi qui veut dire étrangement « eau froide ». Toutefois, c'est plutôt la poussière que l'on voyait s'envoler... La terre donne une couleur rougeâtre aux habitations. Toute une mise en scène pour le voyageur qui passe! Là, nous avons pris une pause pour discuter avec les gens de la place et pour nous hydrater, car nous en avions vraiment besoin.

Nous avons continué notre route pour finalement croiser le chemin d'Onesmo Gabriel, le directeur de l'agence pour qui Sylvester et Saning'o travaillent. Souriant comme à son habitude, Onesmo nous a accueillis en nous lançant de bons commentaires. Fatigués par l'effort fourni lors des deux jours, nous avons terminé notre randonnée au milieu de nulle part. Après 60 km de marche et satisfait d'avoir accompli cette étape, un peu de repos était nécessaire. Le conducteur de la Land Rover, Audifus Lemunge, nous a accueilli et nous a conduit à notre point de chute, la grande ferme appelée Simba.

J'avais atteint mon but : découvrir la culture tanzanienne le long de la route. En plus, j'étais fatigué...

La fin de la marche de 60 km. Le trio est bien content de la randonnée.

1. Thomas a demandé les services de la East African VoyageCe lien ouvrira dans une nouvelle fenêtre. (bureaux à Arusha) afin de parcourir les 60 km avant l'ascension du Kilimandjaro et aussi pour effectuer trois safaris, c'est-à-dire dans le parc national d'Arusha, le parc national Tarangire et le cratère du Ngorongoro.