12 september 2011

Vers le sommet du Kilimandjaro

Extra – Passage chez les Massaïs

Thomas Kieller

Photos – Copyright United Athletes Magazine

Ah la Tanzanie, ce pays aux cultures et aux paysages qui enivrent le voyageur. Là où l’exotisme du décor vient inévitablement nous chercher. Les baobabs aux immenses troncs dont certains atteignent plus de sept mètres de diamètre, les nombreux acacias et leurs longues épines, les termitières de trois mètres de haut et la faune animale si abondante sont tous des signes évocateurs du continent africain. Nul n’est surpris de voir des antilopes, des girafes ou des éléphants traverser l’étendue des champs rouge-orange. Et bien ce paysage, il est le quotidien des Massaïs, ce peuple aux vêtements colorés d’un rouge frappant.

Pour vivre à fond la différence culturelle, je me suis permis une visite du village massaï Laiboni1, nommé ainsi en l'honneur du chef. Les mœurs et les traditions qui y sont véhiculées font en sorte qu’aux yeux d’un visiteur cette tribu semble figée dans le temps, malgré quelques flagrants anachronismes tels l’omniprésence des cellulaires entre leurs mains et les scandales dont la semelle est faite d'un morceau de pneu!

Le chef Laiboni discute avec ses confrères avant d’aller faire abreuver le troupeau de bétail.

Certes, la Tanzanie offre un éventail de styles de vie avec plus de 120 groupes ethniques. Pourtant, les Massaïs fascinent davantage pour maints raisons. Leur aspect vestimentaire et leur physionomie sont déjà de bons indicateurs de leurs particularités. Les hommes sont généralement grands et minces et sont d’excellents marcheurs. On remarque rapidement la présence marquée du bâton de marche en ébène qui sert à de multiples fonctions comme diriger le bétail, raviver un feu en bougeant les braises, se défendre et bien entendu pour s’appuyer tout simplement lors de longues randonnées. En effet, les Massaïs marchent, jour après jour, de très longue distance afin de faire abreuver leur troupeau de bétail au point d'eau le plus proche.

D’ailleurs, les animaux jouent un rôle prédominant dans leur vie. Il y a manifestement une proximité entre eux et le bétail qui jonche leurs huttes. À vrai dire, le nombre de têtes d’animaux représentent, en partie et d'une certaine façon, la richesse d'un Massaï. Certains disent que les dieux leurs auraient même confiés l'ensemble des bovins de la terre. Rien de moins!

Cette relation étroite entre l'homme et l'animal débute très tôt dans la vie d’un Massaï. Les enfants de cinq à dix ans surveillent, tout en jouant, les veaux autour du village pendant que les hommes déplacent les troupeaux. On voit aussi la différence des responsabilités entre les deux sexes. Malgré que les valeurs et les traditions s'estompent peu à peu, il reste une distinction marquée. Les hommes s'occupent des bovidés et de la sécurité tandis que les femmes s'acquièrent du bon déroulement de la vie quotidienne au village.

Un enfant surveille quelques bovins aux abords du village.

D’autre part, sur le plan de la vie sociale, la polygamie chez les hommes est permise. Prenons l'exemple du chef du village que je visitais, et bien ce dernier serait lié à 27 femmes! D’ailleurs, pour qu’une femme puisse faire partie intégrante de la famille, le mari doit obtenir préalablement l’approbation de ses épouses. On peut s’imaginer la complexité de la situation! À l'opposée, la femme massaïe ne peut se lier qu’à un mari, mais en revanche rien ne l’empêche d’avoir plusieurs amants. L’origine de cette polygamie serait reliée, jadis, au haut taux de mortalité des nouveaux nés et des guerriers. Eh bien oui, tout s’explique.

D’ailleurs, lorsqu'un invité se présente à la hutte d'un guerrier massaï du même groupe d’âge, l'hôte peut démontrer son hospitalité en lui offrant un repas et son lit. Toutefois, seule la femme de l’hôte décide, de son propre gré, si elle veut partager le lit avec l'invité pour la nuit. Advenant qu’un enfant né de cette union momentanée, c’est le mari de la femme qui en a la charge. L’invité est depuis longtemps bien loin!

Nul doute que le style de vie des Massaïs diffère de celui des Européens et des Nord-Américains et ce à bien des niveaux. Pour eux, l’organisation sociale suit d’une certaine façon le cycle de la vie avec cinq classes d’âge pour les hommes : enfant, jeune guerrier, guerrier adulte, jeune ainé et ainé sénior. À chaque transition d’une classe à l’autre, le Massaï suit un rituel important.

La circoncision est toujours pratiquée et représente le passage de la vie d'enfant à celle de l'homme. Du côté des jeunes filles, l’excision du clitoris à la puberté s'avère une pratique moins fréquente que par le passé, mais reste encore en application du fait qu'elle est encastrée dans les valeurs intrinsèques des Massaïs. Depuis les dernières années, ce rite de passage à la vie de femme est remplacé, de plus en plus, par des gestes, des mots, des chansons ou une danse. Il en reste que cette nouvelle façon de faire n’est pas appliquée de façon généralisée par l’ensemble des Massaïs.

Sur un tout ordre d’idée, le feu joue un rôle important dans leur vie et ils apprennent à le maîtriser très tôt. Il n’est pas surprenant de voir un enfant de six ans se pratiquait à faire du feu avec une tige, un morceau de bois creux et du fumier bien séché qui est un excellent catalyseur pour produire une belle flamme. Pour les Massaïs, le feu est une source de chaleur et de lumière qu'ils utilisent dans leurs huttes et dans leur vie quotidienne.

L'hospitalité au sein de ce peuple est reconnue et valorisée. Nul doute que la femme massaïe vous concoctera un excellent thé épicé et mélangé avec du lait afin de vous accueillir en bonne et due forme. Je peux vous dire que ce breuvage est excellent et s'avère fort propice à la discussion. Curieux de nature, les enfants, les femmes et les hommes massaïs aiment échanger avec les étrangers. Eux aussi, ils veulent comprendre notre culture et notre style de vie.

Lorsqu'on les voit exécuter leurs fameuses danses en sautant avec leur bâton et leur vêtement aux couleurs distinctes, on comprend qu'ils sont à l'aise avec leurs traditions et les valeurs qui se transposent d'une génération à l'autre.

Deux guerriers massaïs avec leur bâton d’ébène marchent tranquillement sur le sol rocailleux et parmi les nombreux acacias.

Au fils des siècles, ils se sont adaptés à leur terre rouge-orange où la végétation pousse et les animaux vivent tant bien que mal dans l'austérité de la chaleur. Cette sécheresse, ils en comprennent les fondements comme ils savent qu'après des mois, c’est la pluie qui revient et qui redonne la vie à la terre. Ce peuple semi-nomade a bien saisi son environnement, mais depuis quelques décennies les Massaïs doivent maintenant composer avec les changements que les gouvernements tanzaniens et kenyans amènent tant en ce qui concerne les frontières entre les pays que sur le plan culturel. Les Massaïs devront tant bien que mal comprendre ce mouvement de changement en l’unissant comme ils le pourront et le voudront avec leurs traditions.

Malgré quelques incertitudes, il en reste que la nuit, les guerriers massaïs se réunissent régulièrement autour d’un feu pour regarder les flammes balayaient l'obscurité, pour contempler les étoiles qui animent le ciel et pour discuter des petits plaisirs de la vie. C’est d’une façon si simple qu’ils vivent au gré de la nature et du temps…

1. Thomas a demandé les services de la East African VoyageCe lien ouvrira dans une nouvelle fenêtre. (bureaux à Arusha) afin de visiter le village massaï nommé Laiboni se trouvant à quelques kilomètres à l’est du Parc national du lac Manyara en Tanzanie.