11 septembre 2011

Vers le sommet du Kilimandjaro

Épilogue – Derniers mots sur la Tanzanie

Thomas Kieller

Photos 1 et 3 – Copyright United Athletes Magazine

Thomas Kieller : Une pause sur le Kilimandjaro.

On a beau se préparer à un premier passage sur le continent africain, mais je peux vous dire que la culture, le style de vie des locaux, les paysages et le climat peuvent venir basculer rapidement notre vision des choses. Dès le moment que j’ai débarqué de l’avion en Tanzanie, je savais pertinemment que j’étais en territoire inconnu. Aux alentours de 21h et dans l’obscurité d’une nuit chaude du mois de septembre, j’arrivais à l’aéroport de Kilimandjaro où les infrastructures sont, si on peut dire, au minimum. Premier choc! D’ailleurs, j’ai remarqué une certaine angoisse sur le visage des gens qui descendaient de l’avion et qui marchaient sur la piste en direction de l’aérogare. Un air perplexe les envahissait.

Après avoir répondu à deux ou trois questions brèves d’un douanier, je regardais en direction de la foule amassée à la sortie afin de trouver le conducteur que l’on m’avait désigné et qui allait me conduire à l’hôtel. Eh bien oui, dans ce tumulte, je recherchais un peu de stabilité. Ha ha ha! C’est Audifus Lemunge qui m’a accueilli avec un grand sourire et qui m’a conduit dans un Land Rover à Arusha en empruntant un chemin bien cahoteux. Avec la fenêtre entrouverte du véhicule, je sentais l’air du pays tout en voyant le sable de la route s’envolait. C’était mon premier aperçu… Je savais maintenant que mon séjour d’un mois en Tanzanie prenait un tour des plus prometteurs.

Et pour dire, il y a plus de 120 groupes ethniques dans ce pays avec des modes de vie et des valeurs propres à chacun d’eux. De quoi perdre son latin! D’ailleurs, Arusha est une ville exemplaire pour découvrir la culturelle tanzanienne puisqu’on y retrouve une multitude de gens venant de diverses tribus. Il suffit de marcher dans la ville pour le voir. La différence se remarque au quotidien et je peux vous dire que c’est déstabilisant sur toute la ligne. Il ne faut pas être surpris de voir des Massaïs aux vêtements d’un rouge frappant déambuler d’un air plaisant dans les marchés et vous offrir du tabac dont le but n’est pas de le fumer, mais de l’inhaler par les voies nasales. Un peu étrange, mais ce n’est pas tout. Les rues sablonneuses sont littéralement bondées de gens et de kiosques où l’on retrouve tel ou tel produit. En ce qui concerne les va-et-vient des automobiles et des motocyclettes, les conducteurs doivent être particulièrement vigilants aux intersections des voies publiques en s’envoyant des signes, car il n’y a que deux feux de circulation dans cette ville de 1,3 million d’habitants! On se comprend que ce n’est pas le même style de vie que chez-soi. Le choc culturel est bien là et c’est ce qui fait aussi le charme du voyage.

La danse traditionnelle des guerriers massaïs.

D’ailleurs, l’animation dans les grandes villes tanzaniennes est palpitante que ce soit à Arusha, Moshi, Dar es Salam et Stone Town (pour ne nommer que celles-là). Ce sont les villes que j’ai visitées et elles ont tous leurs particularités. Certes, Dar es Salam avec ses 2,5 millions d’habitants est quelque peu intimidante pour le voyageur comparativement aux autres. Je l’ai sûrement mal comprise, car je n’avais pas de guide pour m’y diriger et me faire connaître ses endroits intéressants. Toutefois, je peux vous dire qu’il y avait beaucoup de vie et bien du mouvement.

Par sa structure organisationnelle et les façons de faire en Tanzanie, on voit bien que c’est un jeune pays. Elle a obtenu son indépendance dans les années 60. D’ailleurs, on peut observer les difficultés que les gens du pays doivent faire face régulièrement. La pauvreté est bien visible. Malgré les nombreux problèmes, les Tanzaniens sont un peuple uni, heureux et accueillant et ceci témoigne de leur courage de vivre.

À de nombreuses occasions, j’ai pu voir des Tanzaniens travailler dur pour gagner leur pain et leur beurre. Une des mes expériences les plus marquantes fut faite au pied du Kilimandjaro à la ferme Simba où j’ai vu des femmes et des hommes s’activer dans les champs sous une chaleur accablante. Partout dans le pays, ils essaient de trouver des opportunités pour gagner leur vie. L’économie du pays est en grande partie basée sur l’agriculture. Certes, il y a d’autres domaines d’activités typiques aux pays en voie de développement comme l’industrie minière et le gaz naturel… Manifestement, le climat aride joue un grand rôle sur l’économie et le mode de vie. Tous cherchent leur voie et pour certains ceci est synonyme tout simplement de survie!

Toutefois, le tourisme donne un bon coup de main à l’économie locale et est toujours en progression. Une des grandes richesses de la Tanzanie est sa grande diversité au point de vue des paysages. On passe de la savane aux régions montagneuses comme le Kilimandjaro. Plus à l’est, l’océan Indien amène un autre décor. L’île de Zanzibar et l’héritage arabe et perse qu’on y retrouve avec son architecture et tous ses épices présente ce visage différent du pays. Bien entendu, il faut mentionner les nombreux parcs nationaux où il est possible d’y faire des safaris inoubliables.

En effet, les safaris permettent de voir les splendides paysages et la vie animale qui vit aussi dans les mêmes conditions chaudes et difficiles que les hommes. Les différents parcs ont tous leurs cachets. On retrouve d’immenses baobabs, des troupeaux d’éléphants et des lions qui font la signature du Parc national de Tarangire. De beaux paysages s’offrent à nous dans le Parc national d’Arusha où l’on retrouve en grand nombre des girafes. Dans le splendide site du Ngorongoro au caractère préhistorique, 25 000 animaux de grande taille viennent nous envoûter. Entre autres, il y a des hordes de buffles, de gnous, de zèbres, de gazelles de Thomson et d’hippopotames. Les divers fauves et prédateurs viennent s’immiscer dans le décor. Par contre, je n’ai pas eu le plaisir de voir l’immensité de la plaine du Serengeti et des mouvements de masse lors de la migration des animaux. On ne peut pas tout voir lors d’un passage de quatre semaines. Il en reste que la réputation du Serengeti et du Ngorongoro n’est plus à faire. Les décors y sont à couper le souffle. Je recommande à tous de voir le cratère du Ngorongoro qui m’a époustouflé surtout lorsque j’y suis arrivé. La descente est magnifique et emballante…

Les immenses baobabs du Parc national de Tarangire.

Je ne peux passer à côté de ma longue randonnée en campagne et de l’ascension du Kilimandjaro. Ces deux épisodes furent déterminants lors mon passage en Tanzanie. Une aventure de 125 km qui m’a beaucoup plu, car j’ai pu me challenger physiquement dans un contexte bien différent de chez-moi tout en observant la vie des Tanzaniens le long de la route. Une expérience fatigante, mais envoûtante.

Lors des 60 premiers kilomètres, j’ai vu tout d’abord un climat tropical avec les plantations de caféiers et de bananiers, mais après j’ai aussi vu la campagne très aride. Ces champs rouge-orange témoignent de la sécheresse qui sévit en septembre. Je dirais que parmi tout ce que j’ai vu en Tanzanie c’est ce paysage aride qui est venu le plus me bousculer. Vivre dans ces conditions ce n’est pas évident. Pourtant, les gens se débrouillent tant bien que mal. J’ai fait une halte dans le village d’Engare Nairobi où les baraques rougeâtres et la poussière soulevée par le vent semble tiré d’un plan typique d’un western spaghetti. J’ai entré dans un bar de la place puisqu’après des dizaines de kilomètres dans le corps, je ressentais le besoin de relaxer et de me rafraîchir. Toutefois, le serveur m’a apporté une boisson à la température de la pièce, car à cet endroit, ils n’ont pas de système de réfrigération! Ceci est un simple exemple qui reflète la vie des Tanzaniens. Je me souviendrais tout le temps de ce village, de la grande chaleur, du climat sec et du sable que je mordais plein les dents le long de la route de Sanya Juu.

Le climat aride de la Tanzanie.

Puis, j’ai entrepris l’ascension du Kilimandjaro en passant par la forêt dense, le plateau de Shira, le désert alpin, la Western Breach et le cratère du volcan pour enfin atteindre mon objectif final. L’arrivée au sommet a marqué le devoir accompli et la sensation de liberté est incroyable lorsqu’on regarde le paysage tout autour. D’autre part, le cheminement en compagnie de l’équipe pendant un peu plus d’une semaine m’a plu énormément aussi. Il a définitivement un caractère magique lorsqu’on échange des anecdotes sous les étoiles brillantes. Cette longue randonnée m’a permis de me surpasser et j’en retiens, à la fois, de beaux souvenirs.

Bref, lors de mon passage en Tanzanie, j’ai vu rapidement la différence entre le style de vie des locaux et le mien. Je le redis, c’est tout un choc culturel. Cela m’a pris un certain temps pour en saisir le sens. Cette différence frappe et amène du même coup une certaine remise en question de ce qu’est vivre sous des conditions plus ardues. Il en reste que je suis bien heureux d’avoir pu vivre cette expérience au cœur de l’Afrique. Ce périple en Tanzanie est venu me chercher. L’Afrique m’a appelé une fois et maintenant je suis certain que j’y retournais encore pour mieux comprendre la vie des gens qui y habitent. Certes, je me laisse le temps d’absorber tout ceci avant de mieux repartir vers de nouveaux horizons.

Remercierments

Merci à Alona Bondarenko, François Legrand, Simon Mtuy, Henri Richard, Carlos Sastre et Steve Young pour leur participation lors des entrevues. Merci à Julie Veillette et Onesmo Gabriel pour leur amitié, leurs précieux renseignements et pour m'avoir donné un bon aperçu de la culture tanzanienne. Merci aux guides Sylvester Henry Geay et Saning’o Kimani ainsi qu'au conducteur Audifus Lemunge pour l'excellente marche de 60 km dans la campagne; ce fut bien divertissant et haut en couleur! Merci au guide Simon Mtuy et à l'assistant-guide Jacksoni Ezekieli Mtui pour leurs conseils judicieux et leur aide tant apprécié sur le Kilimandjaro. Merci au conducteur Fidelis Mfumia pour m'avoir montré le village massaï nommé Laiboni et pour les trois safaris dans le Land Rover à toute épreuve; ce fut toujours plaisant. Merci à Tim Leinbach pour sa collaboration afin de planifier avec succès l'aventure en montagne. Merci à Wim van Leara pour m'avoir montré la grande ferme Simba tout en m'expliquant d'une façon colorée le style de vie dans ce pays. Toutes ces personnes ont contribué à ce récit en partageant des anecdotes de leur vie et sur la Tanzanie. Pour ces agréables moments, je les remercie ardemment.