13 juillet 2017

Thomas Röhler

(info sur Thomas Röhler)

Dans la cour du lanceur de javelot

Thomas Kieller

Photo – Copyright JenJavelin

Thomas Röhler : Lanceur de javelot.

Bien entraîné et d’un physique élancé, Thomas Röhler est un des athlètes les plus explosifs sur le circuit des lanceurs de javelot. Mais avant de jeter son dévolu sur sa discipline sportive actuelle, il a fait du triple saut et du saut en hauteur. À 18 ans, il s’est tourné vers sa passion. Au fil du temps, il a raffiné sa technique au javelot et ses performances ont suivi. L’Allemand originaire d’Iéna a réalisé à plusieurs reprises des lancers au-delà des 90 mètres. Jusqu’à maintenant, sa meilleure performance est survenue à Doha, Qatar avec un lancer de 93,90 mètres laissant ses adversaires loin derrière. Mise à part cette victoire, il a fini premier d’une compétition à de nombreuses occasions dont cinq fois aux Championnats d'Allemagne d'athlétisme. Il en reste que pour ce spécialiste du lancer du javelot sa plus belle réalisation est sans aucun doute sa médaille d’or aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, Brésil avec un jet de 90,30 mètres. C’est tout simplement la consécration de son travail ardu.

L’entrevue téléphonique a été réalisée le 6 juillet 2017 à 8h30 lorsque Thomas était à Iéna, Allemagne, deux jours avant les Championnats d'Allemagne d'athlétisme 2017 où il a participé. L’entrevue a été faite en anglais.

Qualités physiques requises

Thomas Kieller : Comment as-tu débuté dans ce sport?

Thomas Röhler : En Allemagne, nous avons un système où les enfants qui sont intéressés par le sport débutent en faisant de la course, des sauts et tout ce que tu peux faire en athlétisme. De cette façon, ils peuvent apprendre les différents mouvements. Si je me souviens bien, j’étais à l’école primaire et j’avais sept ou huit ans. J’aimais beaucoup le sport et nous avions une bonne équipe. J’ai commencé de cette manière en athlétisme. Après, j’ai continué à faire du sport à l’école secondaire. En Allemagne, le programme s’appelle « sportgymnasium ». Là, tu commences à t’entraîner un peu plus, c’est-à-dire de deux à cinq fois par semaine et tu te spécialises dans une discipline. Pour moi, ce fut le triple saut et le saut en hauteur car j’avais un petit physique. Les épreuves de lancer n’avaient aucun sens pour moi à ce moment là. Toutefois, j’ai toujours aimé le lancer. C’est important de le souligner puisque depuis que je suis un enfant j’aimais lancer des pierres à partir de la rive. Je tirais toujours le plus loin possible. C’est quelque chose qui m’a toujours suivi. C’est aussi la raison qui a fait en sorte qu’à l’âge de 18 ans j’ai changé de groupe d’entraînement pour l’équipe des lanceurs. Je faisais bien au triple saut. J’ai fini en 8e position en Allemagne chez les moins de 18 ans, mais je dois être honnête ce n’était pas vraiment cela que j’aimais. Puis, il y a eu des changements au point de vue de la structure et j’en ai profité pour essayer autre chose. Depuis ce temps, je suis un lanceur de javelot.

Thomas Kieller : Quelles sont les qualités physiques requises au javelot?

Thomas Röhler : Certaines personnes pensent qu’il faut être fort pour faire voler le javelot, mais c’est plutôt une question de bien maîtriser les forces impliquées dans le lancer. Par exemple, quand tu t’apprêtes à lancer le javelot, il y a une tonne de poids sur le pied gauche qui est dans mon cas le pied qui fait le blocage. C’est donc beaucoup. Ce sont ces forces que le corps doit maîtriser. Tu dois avoir une bonne stabilité et un bon équilibre. Tu dois être vraiment rapide et explosif pour projeter le javelot bien loin. Aussi, il ne faut pas oublier que tu dois être précis en ce qui concerne la technique.

Thomas Kieller : Est-ce que ton background au triple saut t’aide dans ta discipline actuelle?

Thomas Röhler : Oui, je pense que cela m’aide pour le jeu de pieds et le rythme. Je constate aussi que cela m’aide à prendre des risques et ceci est le point le plus important. À vrai dire, le javelot est une épreuve avec sa part de risque tout comme c’est le cas pour le triple saut. Quand j’étais plus jeune, j’ai appris que risquer amène de meilleurs résultats, mais il faut savoir bien doser ce risque.

Entraînement au javelot

Thomas Kieller : Pourrais-tu me dire si le javelot c’est plus une question de course ou bien plutôt de force du haut du corps et du torse?

Thomas Röhler : Le javelot est un mixte de plusieurs choses. Pour que cela soit plus facile à comprendre, je peux dire que pour lancer loin 80 % provient du bas du corps et seulement 20 % provient des bras et du haut du corps. Donc, c’est plus une question du torse et des jambes. Nous nous entraînons donc conséquemment. Il y a plusieurs types d’entraînement. Nous faisons beaucoup de choses pour nous rendre rapide. Aussi, nous faisons de l’entraînement axé sur la force, mais sans trop de poids. Nous faisons vraiment des exercices explosifs. Nous faisons de la gymnastique afin d’améliorer notre coordination et pour contrôler notre corps. Bien entendu, il y a de la course puisqu’il y a une course d’élan de 30 mètres. Donc, nous devons courir et sprinter.

Thomas Kieller : Lors de la saison morte, que fais-tu comme entraînement pour la course?

Thomas Röhler : Nous ne faisons pas d’exercices d’endurance puisque cela nous rendrait plus lent. Ceci est prouvé. C’est pour cela que lors de la saison morte nous gardons l’entraînement de la course à petite échelle. Parfois, nous faisons 10 fois 200 mètres, mais tout cela est fait dans des circuits. Nous combinons habituellement la course avec des circuits axés sur la force ou bien avec du CrossFit. De cette manière, nous incorporons la course lors de la saison morte.

Thomas Kieller : Et quels exercices fais-tu pour la force tant à l’extérieur que dans un gymnase?

Thomas Röhler : Lorsque nous nous entraînons, nous voulons le plus que possible impliquer tout le corps. Je suis un fan des circuits. Nous avons trois différents circuits pour la saison morte (lundi, mercredi et vendredi). Le dernier est le plus fatigant. Le circuit du mercredi est le plus technique. Donc, les soulevés y sont rapides et plus techniques, si je peux dire. Le lundi et le vendredi sont tout simplement vraiment fatigant. Crois-moi, vraiment fatigant! C’est pour la condition physique générale et cela dure de 35 à 45 minutes sans pause. Donc, nous voulons vraiment des entraînements efficients. Ce type de séances nous permet d’être prêts pour une compétition d’une heure et nous aide à battre les adversaires lors des derniers lancers.

Thomas Kieller : On constate qu’il faut lancer le javelot d’une manière explosive pour avoir du succès. Le javelot peut atteindre une vitesse supérieure à 110 km/h (68 mph). Le javelot est une discipline très physique et le compétiteur est sujet aux blessures. Qu’est que tu fais en matière de préparation pour éviter les blessures?

Thomas Röhler : Premièrement, la chose la plus importante est d’écouter son corps. Il faut reconnaître les signes que le corps t’envoie. J’ai appris cela au fil du temps. Deuxièmement, c’est plus au niveau de l’entraînement. Je suis un grand fan de la slackline. Tu marches pieds nus dessus et tu peux y faire des exercices de stabilisation. On prend tous les exercices de stabilisation qui sont fait normalement sur le sol et nous les faisons sur la sangle afin que cela soit plus difficile et chancelant. Nous nous sommes rendu compte que cela est bon pour les petits muscles que tu n’entraînes pas lorsque tu fais des exercices de force. De plus, faire cela durant la saison permet de garder un corps équilibré.

Thomas Kieller : Est-ce que tu fais des étirements et quel est ton point de vue à ce sujet?

Thomas Röhler : À vrai dire, l’étirement est vraiment quelque chose que l’on discute. Je vais faire des étirements lorsque je sens que j’en ai besoin comme après un dur entraînement ou bien après une compétition. Donc, tu peux faire des étirements le lendemain ou le surlendemain. Avant une compétition, il faut faire un réchauffement dynamique. Pas d’étirements! Il faut que le corps soit explosif.

Thomas Kieller : Est-ce que tu fais des exercices de flexibilité? Lorsque tu lances le javelot, on voit que les jambes font un bon écart.

Thomas Röhler : Cela provident des exercices dynamiques que nous faisons et de la gymnastique. Tu as besoin d’être flexible et d’avoir un corps élastique. C’est que nous recherchons pour faire nos lancers.

Aspect technique

Thomas Kieller : Au javelot, tu dois faire beaucoup de choses sur l’aspect technique. Quelle est ton approche concernant la course?

Thomas Röhler : Au javelot, c’est une question de rythme. Et dans ce rythme, tu veux gagner de la vitesse mais on recherche une vitesse optimale. Nous pourrions tous courir bien plus vite, mais nous devons être capable de maîtrise cette vitesse avec le lancer lui-même. Donc, on recherche une vitesse optimale et un bon rythme.

Thomas Kieller : Tu ne vas pas à pleine vitesse… Pourrais-tu expliquer les deux étapes de la course au javelot?

Thomas Röhler : Premièrement, permets-moi de dire qu’à l’entraînement nous essayons parfois d’y aller à pleine vitesse, mais nous ne pouvons pas vraiment lancer. Toutefois, on veut vraiment pousser jusqu’à la limite.

À propos de la course, nous débutons avec une course normale et après nous enchaînons avec cinq pas croisés. À vrai dire, je fais cinq pas. D’autres gars y vont plutôt avec sept pas. Nous faisons cela pour nous préparer au lancer. Nous voulons être dans une bonne position.

Thomas Kieller : Et pourrais-tu en dire plus sur la mécanique du lancer?

Thomas Röhler : Il y a plusieurs points importants que lanceur doit regarder et un de ces points est le bel alignement du javelot ainsi que son angle. Aussi, le pied droit doit se situer sous le centre de gravité afin que tu puisses appliquer le maximum de force dans le lancer. Après, tu dois avoir un bon blocage ce qui signifie le côté gauche pour tous les lanceurs droitiers. Le genou ne doit pas plier, c’est vraiment un blocage pur et simple. C’est comme cela que fonctionne le javelot. Cela semble facile, mais cela ne l’est pas du tout.

Thomas Kieller : Comment une personne peut-elle améliorer sa technique?

Thomas Röhler : Si tu pratiques la discipline, quand tu vois le javelot voler tu peux comprendre ce que tu as fait incorrectement. Le javelot est vraiment clair à ce sujet. C’est pour cela qu’il y a des personnes qui peuvent s’entraîner par eux-mêmes. Je les appelle les lanceurs de javelot autodidactes. Ils peuvent s’entraîner sans coach et ils peuvent voir ce qu’ils font. C’est quelque chose de spécial pour la discipline. On fait les éléments techniques comme la course, le lancer et ensuite on peut voir le javelot voler pendant quelques secondes. Tu peux observer la manière que le javelot vole comme au début de son envol et par la suite son angle. Avec cette information, on peut se rendre compte des erreurs techniques et cela nous aide à l’entraînement. Donc, parfois, tu n’as pas besoin d’entraîneur. Toutefois, un entraîneur est utile pour l’innovation dans les exercices, la structure et la discipline.

Thomas Kieller : Je sais que tu as fais un lance de 93,90 mètres et plusieurs au-delà de 90 mètres. Cependant, est-ce qu’il y a des choses que tu veux améliorer sur l’aspect technique ou à propos de ta condition physique?

Thomas Röhler : En ce qui concerne l’aspect physique, cela peut être dangereux. Si tu te développes physiquement trop rapidement, c’est difficile de garder une aussi bonne technique. C’est un jeu entre les deux, c’est-à-dire l’amélioration technique et physique. Je dois travailler là-dessus un pas à la fois. Donc, je vais tout simplement suivre le rythme de mon entraînement. J’essaie toujours de changer quelques éléments dans mon programme d’entraînement afin que mon corps ne s’habitue pas. Finalement, je vais voir jusqu’où je peux me rendre.

Thomas Kieller : Et maintenant vers où se dirige la discipline?

Thomas Röhler : Je pense que le javelot est un des sports qui a beaucoup gagné de la globalisation et par le développement technologique. Le public peut aller sur YouTube et voir l’entraînement que nous faisons. Ils peuvent apprendre de cela. Il y a beaucoup de connaissances provenant des recherches qui ont été faites.

Le javelot est une discipline avec le plus de pays impliqués dans le top 40 mondial. Je pense qu’il y a 26 pays dans cette liste. C’est incroyable combien de pays sont présents dans ce sport et ils deviennent meilleurs sur le plan technique car ils ont accès aux connaissances via l’Internet et aussi parce qu’ils ont plus d’endroits pour s’entraîner. Donc, du moment qu’une personne à un javelot, celle-ci peut progresser.

Derniers mots

Thomas Kieller : Tu as remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, Brésil en 2016 avec un lancer de 90,30 mètres. On peut dire que ton entraînement à été payant. Comment as-tu trouvé ton expérience olympique?

Thomas Röhler : C’était mes premiers Jeux olympiques. Tous les athlètes travaillent pour cela. Tu veux faire parti des Olympiades. Si tu es en forme, que tu t’es bien entraîné et que tu as un bon classement mondial, tu vises plus haut. Je voulais avoir du succès aux Olympiques et c’est ce qui est arrivé. C’est un rêve réalisé. C’est vraiment une bonne sensation qui est difficile à décrire.

Thomas Kieller : Dans le monde du javelot, est-ce qu’il y a un esprit de groupe entre les lanceurs?

Thomas Röhler : Actuellement, l’équipe allemande fait bien au javelot. Parfois nous ne regroupons pour les camps d’entraînement, pour des tests biomécaniques, etc. À ce moment-là, nous échangeons nos connaissances et après nous continuons à travailler avec nos entraînements individuels. Combiner nos approches individuelles nous permet de nous améliorer.

Sur le plan international, le javelot masculin est un groupe respectueux. Nous sommes tous des compétiteurs mais nous sommes aussi en quelque sorte des amis. On peut s’asseoir ensemble et prendre une tasse de café. Je sais que ce n’est pas le cas dans tous les sports. Au javelot masculin, nous savons que n’importe qui dans le top 8 peut battre les autres lors d’une compétition donnée. Donc, cela fait en sorte que nous sommes honnêtes et respectueux.

Thomas Kieller : En Allemagne, il y a une tradition de bons lanceurs de javelot. Maintenant, ce sera les Championnats d'Allemagne d'athlétisme 2017 les 8 et 9 juillet 2017. Pour l’Allemagne, ces jeux sont-ils un bon endroit pour progresser dans cette discipline?

Thomas Röhler : Les Championnats d'Allemagne d'athlétisme amènent une grande visibilité avec la participation des médias. C’est important de montrer le sport et les jeunes talents aux supporters et aussi c’est important sur le plan économique. Les championnats nationaux sont bons à ce niveau. Ce ne sera pas l’endroit où les athlètes réaliseront leurs meilleures performances, mais ce sera un bon spectacle sportif.

Thomas Kieller : Merci pour l’entrevue. Ce fut vraiment intéressant d’en savoir plus sur le javelot.

Thomas Röhler : Je t’en prie. Bye.