20 septembre 2017

Nino Schurter

(info sur Nino Schurter)

Tout est possible, il suffit d’y croire

Thomas Kieller

Photo 1 – Copyright Martin Bissig

Photo 2 – Copyright Armin M. Küstenbrück

Nino Schurter : Un virage dans la terre sèche.

C’est dans la petite localité de Tersnaus dans l’est de la Suisse, un endroit paisible et montagneux, que Nino a découvert les activités de plein air. Là, il a développé dans sa jeunesse les habilités nécessaires de son sport de prédilection. Or, on sait bien que les courses de vélo de montagne sont exigeantes physiquement et mentalement. La puissance, la coordination et l’endurance du sportif sont sollicités dans les différents segments d’une course que cela soit sur le plat, dans les montées ou les descentes. Certes, le Suisse a parfait au fil du temps sa condition physique et les aspects techniques du cross-country. Il l’a fait en repoussant constamment ses limites personnelles. Son parcours olympique démontre sa détermination et sa progression. Après une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Pékin et une médaille d’argent à Londres où il a été battu que par une seconde, il s’est retroussé les manches et à travailler davantage. Motivé, il a atteint son objectif principal en remportant les grands honneurs de sa discipline à Rio de Janeiro. Ses réalisations sportives ne s’arrêtent pas là. Sextuple champion du monde et septuple champion national, il connaît fort bien le chemin et l’effort requis pour arriver au succès. Pour lui, la planification à l’entraînement est primordiale. C’est de cette façon qu’il peut arriver fin prêt le jour de la compétition. Dans un sport où il faut repousser sans cesse ses limites, on voit clairement que Nino en est passionnée. Lorsqu’il s’élance dans une course, il y va à fond.

L’entrevue écrite a été faite le 6 septembre 2017. Celle-ci a été réalisée en anglais.

Entraînement d’un cycliste

Thomas Kieller : Pour être un bon cycliste de cross-country, quels sont les éléments clés à développer au point de vue de la condition physique?

Nino Schurter : C’est une combinaison d’endurance et de puissance. Lorsque les courses durent 90 minutes et moins, c’est une question de puissance, mais aussi d’endurance. Le dernier élément devient de plus en plus important si la course perdure plus longtemps.

Thomas : À l’entraînement, qu’est-ce que tu fais pour l’endurance?

Nino : Je fais des longues sorties avec mon vélo de montagne et aussi avec un vélo de route. L’hiver, je mélange un peu le tout en faisant du ski de fond ou du ski hors-piste. Je fais aussi de la course régulièrement, mais jamais au-dessus d’une heure.

Thomas : Bien entendu, tu t’entraînes beaucoup dans des sentiers, mais est-ce que tu fais aussi des exercices en gymnase en ce qui touche la force et pourrais-tu me dire qu’est-ce que tu fais à ce sujet?

Nino : Je fais des exercices de « powerlifting » afin de développer ma force et ma puissance maximale. Je fais aussi un circuit ce qui est vraiment important. Le circuit a été élaboré par mon entraîneur Nicolas Siegenthaler spécifiquement pour moi et l’activité que je pratique qui est le vélo de montagne. On y retrouve différents exercices de force qui durent 60 secondes afin de travailler le tronc, les jambes et les bras. Ces exercices sont interrompus par des exercices d’équilibre et de coordination de 20 secondes. C’est vraiment intense et cela simule d’une certaine manière une course de cross-country. Quand tu es dans une course, tu utilises la force dans les montées, tu récupères physiquement dans les descentes, mais là tu as toujours besoin de coordination et d’équilibre.

Thomas : Oui, on constate que dans les courses de cross-country, il y a plusieurs passages en descente et que c’est définitivement un peu casse-gueule où que tu dois être fluide sur ton vélo. Donc, quels exercices fais-tu pour l’équilibre?

Nino : Je mixe plusieurs exercices de stabilisation et d’équilibre lorsque je fais mon entraînement en circuit fermé. Plus que c’est diversifié, le meilleur que c’est. Tous ces exercices sont uniques d’une certaine façon et cela fait en sorte que je ne m’ennuie pas à l’entraînement.

Thomas : Bien entendu, tu veux éviter de tomber, mais on sait bien que cela peut arriver lors d’une course. Est-ce qu’il y a une façon de se préparer physiquement pour cela?

Nino : À vrai dire, c’est mieux de se préparer à ne pas tomber. J’ai déjà chuté mais très rarement. Par contre, je dois dire que cela arrive. Si c’est le cas, c’est que je ne suis pas assez concentré. Jusqu’à maintenant dans ma carrière, j’ai été vraiment chanceux. Je n’ai pas eu de dures chutes. Je n’ai jamais été blessé ou bien je n’ai jamais eu un os fracturé! Je me croise les doigts pour que cela reste ainsi.

Originaire des Alpes suisses

Thomas : Pourrais-tu me dire où as-tu grandi?

Nino : J’ai grandi à Tersnaus qui est vraiment un tout petit village dans les Alpes suisses. Il n’y a qu’environ 50 personnes qui y vivent.

Thomas : Est-ce que tu faisais beaucoup de sports et d’activités de plein air? Et quand as-tu décidé de devenir un cycliste de vélo de montagne?

Nino : J’aime faire des activités à l’extérieur depuis que je suis tout petit. J’ai commencé la compétition avec le ski. D’un autre côté, j’ai fait ma première compétition de vélo de montagne à l’âge sept ans. J’aimais cela mais je n’ai pas encore fixé sur ce sport. Toutefois, aux alentours de 17 ans, j’ai commencé à rêver de devenir un cycliste professionnel de vélo de montagne. Puis, à l’âge de 19 ans, j’ai décidé de foncer dans ce domaine.

Thomas : Est-ce que ton background t’a aide à développer tes qualités de grimpeur? De plus, est-ce que tu apprécies t’entraîner à la montagne?

Nino : Bien sûr. Le fait de grandir au milieu des montagnes suisses m’a aidé. Je devais toujours grimper où que j’allais. C’est aussi l’endroit où que je vis maintenant et j’adore pratiquer cette activité.

Thomas : Dans les courses de cross-country, il faut bien entendu être bon en tout. Toutefois, est-ce que l’habilité de grimper est une partie vraiment importante comparativement aux autres qualités requises?

Nino : Pour être au plus niveau, il faut être fort dans tous les aspects. Si tu es faible à l’une d’entre elles et bien c’est là que tes compétiteurs vont t’attaquer. Les montées sont une partie important de la course et elles durent généralement moins de quatre minutes. Donc, ces montées requièrent beaucoup de puissance et aussi de la stabilité. C’est encore plus important lors des courtes montées qui durent pas plus de 30 secondes.

Nino Schurter : Une victoire en 2016 à Nové Město na Moravě, République tchèque.

Expériences olympiques

Thomas : Il y a eu une progression dans tes résultats aux Jeux olympiques : bronze à Pékin, Chine (2008), argent à Londres, Royaume-Uni (2012) où tu t’es fait battre au sprint par le Tchèque Jaroslav Kulhavy par une seconde. Est-ce que cette défaite était difficile à accepter et est-ce que cela t’a poussé davantage à l’entraînement les années subséquentes?

Nino : Je pense qu’il fallait que cela arrive ainsi. À vrai dire, quand je prends du recul à ce sujet, je dois dire que je suis vraiment reconnaissant que c’est arrivé de cette manière. J’étais le favori à Londres. Donc, oui c’était dur d’être passé à côté de la médaille d’or par une seconde seulement, mais cela m’a montré le chemin que je devais prendre pour Rio. Je devais continuer à travailler fort dans tous les aspects et cela m’a fait comprendre aussi qu’il ne faut pas arrêter jusqu’au moment où on franchit la ligne d’arrivée. Cette expérience m’a donc aidé à être dans ma meilleure condition physique pour les Jeux olympique de Rio de Janeiro au Brésil.

Thomas : Les Olympiques de Rio en 2016 ont été vraiment éprouvant physiquement pour plusieurs compétiteurs. Encore une fois, tu as eu un défi de Kulhavy, mais cette fois-ci tu l’as remporté devant lui avec un écart de 50 secondes. Pour réaliser ceci et dans le contexte qu’on connaît, est-ce que c’était un accomplissement de tout l’entraînement que tu as fait?

Nino : Je dirais que c’est l’accomplissement de toute ma carrière. Après Pékin, j’ai travaillé fort pendant quatre ans car je voulais gagner l’or à Londres, et comme on sait c’est arrivé plutôt huit ans plus tard c’est-à-dire à Rio. En quelque sorte, c’est une belle fin pour l’histoire. Pour moi, d’avoir accompli tout cela, c’est bien plus que le résultat d’un dur entraînement. J’étais vraiment au sommet de mon sport et ce dans tous les aspects : l’expérience, la condition physique, les habilités, l’état mental et enfin et surtout mon équipement. Afin de me rendre aussi loin, j’ai eu le support de ma famille, de mon entraîneur, de mon équipe (SCOTT-SRAM) et de l’équipe nationale suisse qui m’a apporté leur soutien à Rio.

Thomas : Merci Nino.