27 avril 2012

Daniela Hantuchová

(info sur Daniela Hantuchová)

Le plaisir de s’entraîner

Thomas Kieller

Daniela Hantuchová : Dans l’action.

Passionnée, déterminée et agile, Daniela suscite l’intérêt sur le court par son style de jeu. Tout en étant en excellente condition physique, la Slovaque possède un grand répertoire de coups. Avec sa technique de tennis bien léchée au fil des années, elle peut frapper avec force la balle tant de son coup droit que de son revers. Comme elle le dit si bien, le swing et le timing sont des éléments clés pour son travail! Pour bien soutenir son jeu, elle compte aussi sur son service et ses retours où elle profite de sa physionomie élancée. De plus, étant donné qu’elle joue régulièrement en double, elle apprécie les échanges au filet. La joueuse originaire de Poprad a d’ailleurs un style particulièrement agressif, car elle essaie toujours de dicter le rythme lors d’un match. Au moment opportun, c’est dans sa nature de prendre du risque afin de placer adroitement la balle. Avec ce style quelque peu audacieux, elle réserve aux spectateurs des surprises et des moments hauts en couleur. Un fait à noter est qu’elle est particulièrement fière de s’être continuellement ajustée à l’arrivée des nouvelles joueuses dans le circuit de la Women’s Tennis Association (WTA). En effet, le style de jeu a évolué et est devenu, en partie, plus physique. En dépit tous les changements, elle a eu de grands moments en battant plusieurs rivales de top niveau dont Justine Henin, Martina Hingis, Amélie Mauresmo, Maria Sharapova et Serena Williams. Aux noms mentionnés, on pourrait en ajouter bien d’autres… Mais à quoi bon, vous comprenez le topo! Son bilan dans la WTA est reluisant avec quatre victoires en simple et neuf en double. Daniela a su intégrer à son jeu les différentes techniques du tennis tout en jouant intelligemment sur le court. Elle a du plaisir à pratiquer son sport et à s’entraîner afin d’être en grande forme.

L'entrevue a été réalisée le 12 septembre 2011 à 18h45 dans la salle de conférence de presse du tournoi Challenge Bell de la Sony Ericsson WTA Tour à Québec, Canada. Elle a été faite en anglais.

Prélude – Daniela entre dans la salle d’une manière détendue après avoir assisté à une séance VIP.

Entraînement physique d’une joueuse de tennis

Thomas Kieller : Tu dois être en bonne condition physique afin de jouer du tennis de top niveau... Durant l’entre-saison, est-ce que tu accordes une attention particulière à ta condition physique?

Daniela Hantuchová : Oui et je pense que c’est même l’aspect le plus important. Au fil des années, le tennis est devenu un sport très physique. D’ailleurs, être en forme a toujours était l’une de mes forces. Heureusement pour moi, je n’ai pas eu beaucoup de blessures… Dieu merci! Ce n’est pas facile de rester en forme lorsque tu joues au tennis depuis 12 ans sur les différents courts du circuit.

Ma plus grande priorité a toujours été d’être en bonne condition physique parce que je sens qu’ainsi je peux jouer au tennis de la façon que je veux. D’ailleurs, afin d’être compétitive sur le circuit, j’ai toujours eu besoin d’améliorer ma forme. Durant les pré-saisons, j’ai toujours travaillé très fort et je dois dire que j’apprécie beaucoup l’entraînement. Tu apprends à mieux te connaître puisque tu repousses tes limites et parfois ces limites sont plus grandes que tu le croyais. C’est vraiment une bonne sensation à avoir.

Thomas : Est-ce que tu t’entraînes souvent dans une salle d’entraînement?

Daniela : Oui, je passe beaucoup de temps dans une salle d’entraînement et même plus que sur les courts de tennis.

Thomas : Tu fais quels exercices lorsque tu te retrouves dans une salle d’entraînement?

Daniela : Le tennis est un sport très spécifique où tu as besoin d’une combinaison de plusieurs facteurs : la force, la vitesse et l’aérobie... Tu dois être capable de jouer de longs matchs, voir plus de trois heures... D’ailleurs, j’aime les matchs qui s’étirent, car je me suis entraîné pour cela. Bien entendu, tu as besoin de la force en raison de toutes les joueuses qui ont ce style sur le circuit de la WTA. Au bout du compte, tu dois travailler sur tous ces aspects.

Thomas : Est-ce que tu consacres beaucoup de temps à lever des poids libres?

Daniela (sourit) : Oui, je fais beaucoup d’exercices de force. Je sais que je n’ai pas l’air de cela, mais je peux lever de bonnes charges.

Thomas (rit) : C’est bien! Je sais fort bien que la force n’est pas le seul aspect important pour avoir du succès au tennis, mais c’est un point parmi tant d’autres. Si on te compare à Samantha Stosur ou à Serena Williams, as-tu une bonne frappe?

Daniela : Elles ont définitivement une technique différente de la mienne, mais je crois que je suis puissante. Sur le court, j’essaie davantage d’utiliser le swing et le timing lorsque je frappe la balle parce que je pense c’est dans ma nature de le faire ainsi. J’utilise ma force d’une manière bien différente que ces deux joueuses.

Thomas : Une chose est sûre, tu bouges rapidement sur le court. Est-ce que c’est quelque chose que tu apprécies, c’est-à-dire courir?

Daniela : J’adore courir surtout lorsque je mets mon iPod. Cependant, ce n’est pas le même mouvement sur le court et puisque je suis grande ce n’est pas la chose la plus facile à faire. Au fil des années, j’ai toujours essayé d’améliorer cette partie de mon jeu parce que j’ai toujours cru que c’était l’aspect que je pouvais améliorer le plus.

En effet, j’ai beaucoup travaillé là-dessus et je pense que mon niveau d’endurance est maintenant très bon. Et comme je te l’ai dit auparavant, si le match dure cinq heures… et bien tant mieux! C’est même mieux pour moi. Donc, je fais beaucoup d’exercices de cardio et c’est ce que j’apprécie le plus.

Thomas : Oh oui! C’est intéressant; ce n’est pas toutes les joueuses de tennis qui apprécient cela autant que toi. Il y a des joueuses qui le font par obligation, mais elles savent bien qu’il faut le faire. Mais toi, tu aimes courir. Est-ce que tu fais autres choses pour améliorer ton système cardio-respiratoire comme en faisant du vélo?

Daniela (mentionne avec enthousiasme) : Oui! Évidemment la course c’est plus spécifique pour le tennis, mais je dois dire que j’ai eu des problèmes avec mon pied. J’essaie parfois de mettre moins de pression dessus. Donc, je fais beaucoup de vélo. À vrai dire, j’aime faire des séances de spinning. C’est vraiment plaisant avec de la musique et lorsqu’il y a plein de gens qui pédalent en même temps. C’est amusant car tu ne penses pas trop. Tu suis tout simplement le rythme de la musique. D’un autre côté, j’adore courir. Lorsque je vais courir aux abords de la mer avec de la bonne musique, il n’y a rien de comparable.

Thomas : Est-ce que tu nages aussi?

Daniela : Je nageais beaucoup auparavant et c’est l’une des activités qui a amélioré le plus mon système cardio-respiratoire.

Thomas : Je ne sais pas trop si c’est un cliché… mais en général, est-ce que les joueuses de la WTA s’entraînent plus sur leur vitesse, leur cardio, leur flexibilité et consacrent une partie moindre à améliorer leur force?

Daniela : Tu dois avoir un équilibre entre tous ces facteurs. Je préfère dire qu’une joueuse de tennis n’est pas là pour lever des poids comme les culturistes ou tout autre sport similaire à cela. Nous avons besoin d’un bon swing et être capable de faire des mouvements en souplesse. Personnellement, je mets l’accent sur l’équilibre sans en faire trop sur un aspect, mais chaque joueuse est différente. Donc, c’est difficile à dire.

Thomas : Durant la saison, tu es toujours en déplacement d’une ville à l’autre. Est-ce que c’est dur de s’entraîner dans ces conditions-là?

Daniela : Pour l’entraînement, ceci est mon plus grand inconvénient… Je veux m’améliorer et ce même si je voyage beaucoup durant la saison. En d’autres mots, j’essaie de garder la forme ou m’améliorer mais c’est très difficile à faire avec les tournois. C’est pour cela qu’il est important de prendre le temps entre les saisons. Pendant ces périodes libres, je mets l’accent sur l’entraînement.

Thomas : Par exemple, ici à Québec, est-ce que tu t’entraînes ou tu te concentres seulement sur le tournoi?

Daniela : J’ai fait un tour, hier et aujourd’hui, dans la salle de conditionnement physique. Je suis le style de joueuse qui aime faire cela. Je ne sais pas trop ce que font les autres joueuses. Par contre, c’est difficile d’être assidue parce que l’été fut demandant avec déjà deux mois sur la route. Bien entendu, après les tournois majeurs (Grand Chelem), l’adrénaline tombe un peu. C’est plus ardue de se motiver et de se pousser à continuer. J’essaie vraiment de trouver la motivation, car c’est nécessaire de m’entraîner.

Thomas : Bien sûr, c’est la fin de la saison… Sur un autre sujet, lorsque tu es sur la route, est-ce que c’est facile de trouver les infrastructures et l’équipement nécessaire pour bien s’entraîner?

Daniela : Oui, je suis toujours à la recherche de ce qu’il y a de mieux dans chaque ville afin que mon entraînement soit efficace.

Thomas : Voyager comme tu le fais, est-ce que cela affecte ta forme?

Daniela (rit) : Oui, le décalage horaire est un aspect non négligeable surtout lorsque la différence est grande entre deux zones de déplacements. Il arrive parfois que j’ai une séance d’entraînement de prévu pendant la journée, mais je me sens comme au milieu de la nuit en raison du décalage. Ce n’est pas facile, mais c’est le travail.

Thomas : Donc, à titre de joueuse de tennis, tu dois t’adapter rapidement à ton nouvel environnement.

Daniela : Oui, normalement j’ai deux ou trois jours pour me préparer au premier match. Personnellement, je fais tout pour être à mon meilleure.

Thomas : Est-ce que ta saison s’achève avec le tournoi de Québec?

Daniela : Non pas du tout! J’ai encore quelques tournois : Pékin (Chine), Linz (Autriche), Luxembourg et Bali (Indonésie). J’ai encore deux mois à faire et puis après c’est l’entre-saison qui commence où j’ai deux semaines de libres.

Thomas (sourit) : Tu as seulement deux semaines de libre et vous appelez cela l’entre-saison ou la pré-saison… Wow! Ce n’est pas beaucoup.

Daniela (dit sur un ton joyeux) : Eh oui!

Aspect technique du tennis

Thomas : L’entraînement physique est une partie du tennis mais bien entendu il y a aussi l’aspect technique à considérer. Durant la saison, combien de temps passes-tu sur le court à frapper des balles?

Daniela : Cela dépend… c’est difficile à dire. Durant un tournoi, c’est tout simplement un peu. Par contre, durant l’entre-saison, j’essaie de mettre l’accent sur ce point. Mais il en reste que c’est une approche personnel. D’ailleurs, le temps que je consacre à cela à changer au fil des années puisque j’ai frappé beaucoup de balles plus tôt dans ma carrière. Donc, je ne consacre plus autant de temps à cela comme je le faisais auparavant.

Thomas : Tu es une joueuse de tennis professionnelle depuis 1999 ce qui fait approximativement 12 ans. Avec ton entraîneur Matej Liptak, tu te concentres sur quoi présentement?

Daniela : Je veux être plus efficiente dans tout ce que j’essaie de faire sur le court. Ces jours-ci, je m’assure que chaque minute que je consacre sur le court est bien investi. Je crois que je peux toujours améliorer mon jeu au filet afin d’utiliser davantage ce coup lors de mes matchs. Je me concentre surtout là-dessus. À la fois, j’essaie de jouer intelligemment. J’ai maintenant beaucoup d’expérience et j’essaie d’utiliser mes forces d’une manière différente. En résumé, à la fin de la journée, j’essaie toujours de tout améliorer. Donc, cette approche n’a pas changé depuis 12 ans.

Thomas : Donc, tu te concentres sur la stratégie et en ce qui concerne l’aspect technique, tu mets l’accent sur les volleys. Toutefois, comme tu dis, il en reste que tu t’entraînes toujours sur tout…

Daniela (dit en souriant) : Eh bien, concernant la technique, il n’y pas tant de chose que je veux améliorer. Après 12 ans, je devrais savoir comment frapper une balle maintenant. C’est plus au niveau de la stratégie et faire des entraînements efficaces.

Thomas (sourit) : Bien sûr!

Daniela : Toutefois, on ne dit jamais que c’est fini. J’essaie toujours d’améliorer différentes facettes de mon jeu. Même Roger Federer doit penser qu’il n’a pas tout et c’est ce qui fait qu’il peut devenir meilleur. Il continue de s’améliorer. Tu vois cette même approche avec Rafael Nadal qui essaie toujours d’améliorer son service et les autres points de son jeu. C’est toujours cela la ligne directrice que tu dois suivre lorsque tu es un athlète professionnel, c’est-à-dire comment puis-je m’améliorer et tenter de repousser mes limites.

Les éléments de motivation d’une joueuse de tennis professionnelle

Thomas : Tu as réalisé beaucoup de chose durant ta carrière comme en remportant quatre titres de la WTA en simple, neuf titres de la WTA en double, et bien entendu, tu as joué au tennis autour du monde. C’est excellent! Nous savons qu’il est difficile de garder le même rythme tout le temps et que c’est difficile d’être régulier continuellement à l’entraînement. Quelles sont tes motivations à toujours continuer?

Daniela (affirme sur-le-champ) : Je sens toujours que je n’ai pas réalisé ce que je voulais faire. C’est cela qui pousse chaque jour et je peux te dire que ma motivation est toujours très grande. Concernant les objectifs et les buts que je me suis donnés au tout début de ma carrière, eh bien je n’y suis pas encore arrivée. Donc, c’est plutôt facile de dire ce qui me pousse à continuer.

Thomas : Et quelle est ta plus grande motivation?

Daniela : Être numéro un.

Thomas : Et tu apprécies toujours chaque match sur le court?

Daniela : Oh que oui. Bien entendu, parfois c’est difficile. Ce n’est pas facile et surtout avec tous les déplacements que j’ai effectués, mais au bout du compte je crois fermement que j’ai un grand privilège de faire ce métier. J’ai toujours rêvé d’être une joueuse de tennis et je me considère chanceuse de le faire et je ne changerais cela pour rien au monde.

Thomas : En plus, il semble que tu apprécies grandement t’entraîner.

Daniela (sourit) : Oui, l’entraînement est la partie que j’apprécie le plus.

Thomas : Excellent! Merci Daniela d’avoir partagé tes connaissances et tes expériences concernant l’entraînement.

Daniela : Merci. Ce fut mon plaisir!