26 octobre 2017

Chelsea Jaensch

(info sur Chelsea Jaensch)

Renaissance en athlétisme

Thomas Kieller

Photo – Copyright Ryan Murphy

Chelsea Jaensch : En pleine foulée lors d’un saut.

Dans sa jeunesse, Chelsea aimait fouler les pistes d’athlétisme en faisant de la course et du saut en longueur. À vrai dire, à onze ans, elle sautait déjà 5,12 mètres! De fil en aiguille, elle a participé pendant son adolescence à des compétitions d’heptathlon où elle a eu sa part de succès. Il en reste qu’elle a quitté le monde de l’athlétisme à l’âge de 19 ans pour se tourner vers l’éducation et d’autres aspects de la vie. Elle a gradué en 2005 de l’University of South Australia avec un baccalauréat en électroradiologie médicale. Ensuite, elle a travaillé quelques années dans ce domaine en continuant à parfaire ses connaissances. Toujours passionnée par l’athlétisme, elle a décidé de faire un retour en 2012 en saut en longueur et ce après une pause de sept ans. Motivée à bloc et avec plein d’aspirations, la femme d’Australie méridionale s’est lancée dans une nouvelle aventure. Elle a déménagé à Brisbane afin de se concentrer davantage sur sa discipline avec son entraîneur Gary Bourne de la Queensland Academy of Sport. Certes, Chelsea a des habilités naturelles à sauter. Toutefois, elle a trimé dur à l’entraînement en travaillant entre autres sur sa force, sa vitesse et sa technique. Rapide, puissante et avec des habilités de sprinteuse, l’athlète s’est démarquée en 2015 avec une première place aux Championnats australiens d’athlétisme à Brisbane avec un saut de 6,74 mètres. Par la suite, ses efforts ont été récompensés en 2016 par une participation aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro au Brésil. Toute une réalisation pour celle qui a fait un retour à la compétition il y a seulement quelques années.

L’entrevue écrite a été faite le 9 octobre 2017. Celle-ci a été réalisée en anglais.

Retour à la compétition

Thomas Kieller : Après une pause de sept ans où tu t’es concentrée sur ton éducation et d’autres aspects de la vie, tu es revenue au saut en longueur en 2012. Qu’est-ce qui t’a motivé à faire cela?

Chelsea Jaensch : J’étais rendue à un point dans ma vie où je vivais avec de l’anxiété provenant d’une rupture. Or, l’une des choses qu’ont m’encouragé à faire était de retourner aux activités que j’avais l’habitude d’apprécier ou dont j’étais passionnée, mais que je ne faisais plus. Le saut en longueur faisait parti de cela tout comme découvrir de nouveaux mets, des vins, voyager et socialiser. J’étais fatiguée de me sentir déprimée. Je voulais à nouveau avoir confiance en moi et en mes habilités. D’autre part, je n’étais plus aussi en forme qu’auparavant et donc je voulais ravoir ce sentiment d’être en santé dans un environnement qui m’était familier et où que je me sentirais bien. J’en avais assez d’être coincée. Je voulais donc du changement et un nouveau départ.

Thomas : Lorsque tu es revenue à l’athlétisme, est-ce que tu avais des doutes? Quel était ton état d’esprit à ce moment-là?

Chelsea : Bien entendu j’en avais! Je me demandais souvent qu’est-ce qui serait arrivé si j’avais continué dans le monde de l’athlétisme. De voir les autres athlètes réussir (avec qui j’ai pris part à des compétitions chez les juniors) m’a amené à penser et à me dire qu’est-ce qui serait vraiment arrivé... Je n’ai jamais ressenti que j’avais complètement réalisé mon potentiel athlétique. Cette pensée était l’un des éléments déclencheurs de mon retour au saut en longueur après bien entendu vouloir redevenir en forme tant sur le plan de la santé physique que mentale. Je passais à travers des vagues d’anxiété, de peurs d’échecs et des pensées d’abandon, mais j’étais déterminée de voir jusqu’où je pouvais me rendre. Ce sont toujours des thèmes actuels pour moi dont je suis sûr que bien d’autres athlètes vivent aussi.

Thomas : Est-ce que tu t’es donnée des objectifs lors de ton retour?

Chelsea : Oui. Aux débuts, j’avais des petits objectifs comme être capable de me dédier à mon entraînement ainsi que d’apprécier le chemin vers la mise en forme physique et mentale. Après six semaines d’entraînement, j’ai pris part aux championnats de ma région et j’ai gagné ce qui m’a permis de participer à la compétition nationale. Je m’avais dit que si j’atteignais les Championnats australiens et je sautais six mètres, je pouvais me retirer et apprécier ma joyeuse vie. Toutefois, puisque j’ai réussi cela en quelques semaines, je me suis dit que je pouvais en faire plus. Je me suis donnée d’autres objectifs : une médaille aux championnats nationaux, faire partie de l’équipe nationale, obtenir un titre national et puis aller aux Jeux olympiques.

Thomas : Après une longe pause comme celle-ci, est-ce que c’était difficile de s’entraîner à nouveau régulièrement?

Chelsea : Non, pas vraiment. Ce fut facile d’incorporer l’entraînement dans ma vie puisque j’apprécie cela beaucoup. Par contre, le type d’entraînement que je faisais avant était bien différent de ce que je fais maintenant avec mon entraîneur Gary Bourne. La durée des sessions, les charges et les aspects techniques des exercices de courses (ou faits en gymnase) sont très difficiles. Je dois dire que ce fut ardu de maintenir le rythme durant les entraînements tout en adoptant les nouvelles méthodes pratiquées. De plus, ce fut difficile d’avoir un bon équilibre la dernière année en raison des blessures que j’ai eu.

Thomas : Durant ta pause de saut en longueur, je pense que tu as joué au netball à titre de milieu de terrain. Est-ce que ce sport t’a aidé à garder une bonne condition physique? Et est-ce que tu as fait d’autres activités ou sports pendant cette période?

Chelsea : Oui, j’ai joué pas mal au netball et ce dans un bon calibre. J’ai adoré faire partie d’une équipe et apprendre de nouvelles habilités. Ce fut aussi un bon défi qui m’a permis de développer ma condition physique à titre de milieu de terrain. C’est un sport physique, mais ce ne fut pas super pour mes articulations. Il en reste que cette activité comblait bien cinq soirées de ma semaine. J’ai aussi joué socialement au badminton et au volley-ball pour m’amuser tout simplement. Finalement, j’ai fait de l’escalade intérieur et de la planche à neige.

Entraînement d’une sauteuse en longueur

Thomas : Pourrais-tu expliquer la mécanique du saut en longueur?

Chelsea : Le saut en longueur requiert du compétiteur un sprint et un saut dont le but est d’aller le plus loin possible à partir d’une planche de bois blanche pour finalement aboutir dans le sable. En résumé, c’est la conversion d’un sprint en un saut et ceci est le plus grand aspect technique du saut en longueur. Cela se produit dans le deux derniers pas avant l’envol. Puis, quand le compétiteur est dans les airs, les bras et les jambes bougent afin de garder l’élan et idéalement pour atterrir de la bonne manière dans le sable.

Thomas : À l’entraînement, que fais-tu pour ta vitesse?

Chelsea : On fait beaucoup de courses et d’exercices pour cet aspect. Nos séances de gymnase sont aussi structurées pour développer la vitesse. La course par-dessus des petites haies, l’analyse technique, les sprints répétés basé sur la technique et le temps font en sorte que nous développons la vitesse. Il en va de même pour les soulevés explosifs et rapides en gymnase.

Thomas : Est-ce que tu t’entraînes sur la piste ou dans un gymnase pour développer ta force et ton explosivité?

Chelsea : On fait les deux. Dans un gymnase, nous faisons des soulevés à une jambe comme le « Bulgarian split squats », des épaulés-jetés à une jambe et des marches sur une boîte avec des poids dans les mains. Nous mettons l’emphase sur le développement de la force des muscles fessiers tout en touchant l’aspect de la stabilité au point de vue des hanches et des muscles ischios-jambiers. Nous faisons aussi des exercices de plyométrie comme faire des bonds, des sauts sur une boîte, des lancers du poids au-dessus de la tête tout en travaillant sur la piste d’athlétisme. C’est important d’avoir une approche multi-facettes afin de développer la force et le côté explosif.

Thomas : On peut constater qu’en saut en longueur il faut être flexible aussi, plus spécifiquement à la fin de l’essai afin de gagner davantage de distance. Est-ce que tu fais des exercices pour cela?

Chelsea : Je ne suis pas connue pour ma flexibilité, mais je prends le temps de faire mes étirements et je fais des exercices en gymnase pour simuler l’atterrissage. Certes, l’élan du saut aide aux réflexes et nous aide à être prêts pour l’atterrissage dans le sable. Il en reste que j’essaie d’améliorer cela.

Thomas : Qu’est-ce que tu voudrais améliorer avec ton entraîneur Gary Bourne concernant ta condition physique ou à propos de l’aspect technique de ce sport?

Chelsea : Gary et moi sommes toujours entrain de trouver des façons pour améliorer ma vitesse, ma transition pour le saut, mon avant-dernier pas et aussi ma technique de saut. Cela semble beaucoup de choses mais en fait ce sont des petites améliorations concernant tous ces points, mais qui ont ultimement un impact sur la distance. Gary est très patient et c’est un entraîneur expérimenté qui continue à parfaire ses connaissances dans le domaine. Il trouve les dernières recherches concernant la prévention des blessures et il peaufine nos programmes d’entraînement concernant les éléments relatifs à la force, à la condition physique et à la technique afin que l’on soit plus efficace dans nos sauts.

Expérience olympique

Thomas : On peut dire que ton retour a porté fruits. Tu as représenté ton pays aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, Brésil. C’est tout une réalisation. Comment était ton expérience olympique?

Chelsea : C’est sérieusement le moment dont je suis le plus fière de ma vie. Il s’agit d’une expérience que personne ne peut m’enlever. Je pensais que j’allais exploser de bonheur et de fierté quand nous avons marché dans le stade. Quand la compétition a commencé, j’étais vraiment nerveuse et je sentais à peine mes bras et mes jambes. Néanmoins, quand nous fûmes rendues au deuxième tour, je me sentais comme dans une autre compétition et en contrôle. Le stade ne me semblait plus aussi bruyant.

Je réalisais aussi que je rivalisais avec d’autres femmes que j’avais vues à la télévision et je trouvais cela surréaliste. Toute l’expérience olympique fut bien intéressante même si la compétition semblait un peu désorganisée avec un petit manque de finition. Néanmoins, je ne changerais pas ça pour rien au monde.

Thomas : Et qu’as-tu appris de cette compétition?

Chelsea : J’ai appris que je suis capable de rivaliser en compétition avec les meilleures sauteuses du monde tout en arrêtant de douter de moi-même. J’ai aussi appris que je peux rester calme malgré le fait que je ressens beaucoup d’anxiété à l’intérieur et que je peux sauter avec un pied blessé ce qui m’a ralenti beaucoup dans ma préparation. De plus, j’ai appris que ces grandes compétitions ne sont pas si intimidantes comme je me l’imaginais et que la prochaine fois je serais davantage concentrée sur la tâche à faire en évitant d’être distraite par ce qui se passe autour de moi.

Thomas : Finalement, qu’est-ce qui s’annonce pour toi concernant le saut en longueur?

Chelsea : Je travaille actuellement pour me qualifier aux Jeux du Commonwealth qui auront lieu à Gold Coast, Queensland, Australie en avril 2018.

Thomas : Merci Chelsea.